Entretien avec l’enfant terrible du cinéma québécois, Denis Côte pour son film “Vic+Flo ont vu un ours”

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Avec Vic+Flo ont vu un ours, qui sort à Toronto vendredi au Tiff Bell Lightbox, Denis Côté filme les égarements minimalistes de deux femmes qui s’aiment au vitriol et cherchent refuge près d’une forêt peuplée de gens étrangement ordinaires.

Après l’excellent Curling, sorti en 2010, l’enfant terrible du cinéma indépendant québécois signe son film le plus abouti sous forme de conte à l’humour noir.

Vous aurez du mal à le croire, mais le dernier film de Denis Côté est drôle. Avec Vic+Flo ont vu un ours, il signe un conte cru, astiqué au vinaigre de campagne, coincé entre le drame, l’humour et le grotesque.

Les premières saynètes cachent quelque chose. Après tout, Denis Côté est un insatiable subversif qui ne se contente pas d’une retraite aussi paisible.

Ex-détenues

Lentement, comme une plaie qui s’infecte, la psychologie des personnages s’installe et les rapports exhalent une forte odeur de soufre. Après avoir filmé des animaux dans Bestiaire (2012), Denis Côté s’attèle aux femmes.

«J’étais terrifié à l’idée d’écrire un scénario pour des femmes. Je ne suis pas Allen, ni Almodovar. J’ai beaucoup filmé les hommes, le silence et là, je voulais écrire un film sur deux femmes sans les sublimer. C’est en quelque sorte mon film le plus commercial et le plus accessible», explique Denis Côté, joint par téléphone entre deux post-productions.

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Vic et Flo, deux anciennes compagnes de cellule confrontent leur envie dans une vieille cabane à sucre auprès d’un oncle devenu infirme et rapidement mis hors champs pour laisser seules les deux protagonistes. Sans artifices, vêtues de façon carcérale, elles apparaissent fragiles, atypiques, désarmées comme ayant du mal à reprendre le cours de leur vie.

En autarcie, loin de tout, coupées du monde, Flo s’échappe au bar du coin dans les bras d’inconnus tandis que Vic enfouit son mal être dans le terreau des cours de jardinage donnés par la robuste Jackie.

Torpeur conventionnelle

Elles pensaient mettre leur amour à l’abri, à l’orée du bois. Sauf que le bois ressemble plus à une forêt menaçante d’où guettent, tapis dans le noir, les yeux sombres du passé.

Peut-on échapper à la société? Que faut-il faire pour être dans le monde? Vic questionne Guillaume, l’agent de libération conditionnelle, et l’on comprend que Denis Côté fait des films pour échapper, lui aussi, à une certaine torpeur conventionnelle du cinéma devenue aussi rigide et vieux jeu que Guillaume.

«Je me pose beaucoup de questions. J’aime aller vers les gens, j’ai la parole facile, j’ai une grande gueule. Les critiques ne me blessent pas. Je n’aime pas l’unanimité, je n’aime pas les films très ouverts que tout le monde reçoit de la même manière. C’est pour cela que je ne fais pas de feuilletons télévisés, de publicité ou de vidéo-clips.»

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Et le réalisateur de poser des pièges tout au long du film pour mieux surprendre, heurter, casser, briser. Il ne donne aucune piste. Les questions pleuvent, mais qu’ont fait Vic et Flo pour en arriver là ?

«Seul compte le temps présent. Ce qui s’est passé avant et ce qui va se passer demain ne m’intéresse pas. C’est au public d’imaginer ce qu’il veut. Je lui donne une tranche de vie et ensuite, j’observe son air de déterré après la projection. Je lui dis ‘alors, c’était drôle non?’, mais bon, j’ai du mal à le convaincre!»

Histoire d’amour

Magistralement, Denis Côté a réussi à s’immiscer dans l’histoire d’amour de Vic et Flo sans tomber dans la revendication communautaire.

«Vous pouvez être sûr que dans le public, j’ai toujours droit à la lesbienne mécontente qui pense que je brutalise des homosexuelles et que je les filme en bon mec hétéro. Mais l’histoire d’amour ne m’intéresse pas. Elles se sont trouvées, elles se sont aimées, voilà, c’est tout!»

Quant au loup, vous le trouverez peut-être. Vic+Flo ont vu un ours revêt la cape rouge des jeunes filles de contes de fées qui craignent les hommes et leur pénétration virile, et lui préfèrent la forêt, symbole de liberté.

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Sabrina Delors pour L’Express de Toronto, 2014

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