Profession : Gardien de prison !

Monsieur A. C. a un beau trousseau de clés. Sauf que le sien n’est pas garni de franfeluche ou autre babiole en tout genre. Monsieur A.C est gardien de prison, “surveillant pénitentiaire” comme dit le vocable confortable, “maton” comme dit A.C en levant la tête pour soutenir quiconque regard. L’Etat cherche à attirer les jeunes pour favoriser les recrutements parce que faire gardien de prison n’est pas chose aussi spontanée. Pas vraiment une vocation. On a quasiment tout dit sur ce métier, jugé souvent ingrat parce qu’il cotoîe les détenus au profil divers, du simple voleur d’auto-radio au violeur d’enfants. Le surveillant pénitenciaire détient les clefs qui ferment les portes.

Témoignage avec un maton en chef qui ne l’ouvre pas toujours.

gardien-prison

Quelles sont les qualités pour faire ce métier ?
AC : Etre psychologue, avoir beaucoup de sang-froid. Il faut être capable de juger rapidement le profil, l’attitude et l’état d’esprit du détenu. Etre capable de rapidement mesurer la dangerosité du détenu: calme, énervé, prêt à bondir parce qu’il y a un risque réel. Malheureusement, la psychologie, ce n’est pas un truc qu’on nous apprend à l’école.

Qu’est-ce qu’on vous apprend-t-on à l’école, justement ?
AC : Le droit. Beaucoup de droit, les codes de procédures pénales. Bon, moi, cela fait quand même 20 ans que j’ai fait l’ENAP et, en 20 ans, la prison a énormément changé. C’est un milieu carcéral très cloisonné et il faut beaucoup de temps pour que les choses changent. Déjà, à l’époque, Giscard avait fait voter les premières lois pour réformer les services pénitentiaires et il a fallu 10 ans pour que les choses se mettent en place! Mais, l’arrivée des socialistes a tout chamboulé avec les lois sur les droits des détenus, les droits des surveillants…Ca change tout le temps. Notre manière de travailler dépend essentiellement du gouvernement et de ses réformes.

Votre profession a-t-elle évoluée en bien ou en mal ?
AC : Je dirais plutôt en bien…Par example, les relations hiérarchiques étaient très autoritaires et militaires. Le chef commandait et voilà! Maintenant, les rapports sont beaucoup plus conviviaux, plus simples. Idem en ce qui concerne les rapports avec les détenus. Je me souviens d’un vieux chef qui m’avait sérieusement réprimé parce que je discutais avec un prisonnier. C’était interdit à l’époque. Aujourd’hui, c’est différent. On passe beaucoup de temps à discuter avec le prisonnier, d’où l’importance de faire preuve de psychologie.

Et vous, que pensez-vous justement de ces droits accordés aux prisonniers?
AC : Je préfère ne pas répondre. Je n’ai rien à en dire.

Comment a évolué la population anti-carcérale?
AC : En France, la population carcérale est passée de 40 000 à 65 000 en 20 ans.  Les 25 000 que nous avons en plus sont, en grande majorité, des voleurs de poule, des petits camés, des braqueurs, des voleurs. Maintenant, on a de plus en plus de gens emprisonnés pour des délits de drogues et stupéfiants. Ca concerne clairement au moins la moitié de la population carcérale. Et, une fois incarcérés, ils continuent encore à faire circuler la drogue de cellule en cellule.

Comment se passe votre travail concrètement? 
AC : En prison, il y a toujours quelqu’un. Les surveillants se relaient et le travail est différent selon la journée. Le surveillant du matin fait l’appel. Pour cela, il doit entrer dans la cellule occupée par 2 ou 3 prisonniers en moyenne. Il doit absolument voir de ses yeux le détenu bouger pour s’assurer qu’il ne s’est pas échappé ou mis fin à ses jours. Car, les cas de suicides sont assez fréquents. Quelque soit son âge et son expérience, le surveillant a sous sa responsabilité un étage composé de 40 à 60 détenus. Il faut savoir que le seul outil de travail du surveillant est la clé de cellule. pas d’arme, pas de matraque. C’est interdit en détention. Même les policiers, quand ils pénètrent en prison, doivent poser leurs armes. Après l’appel, le surveillant gère le parloir “famille”, le parloir “avocat”, la séance de sport, les promenades…C’est un métier à rsiques, le surveillant gère son “petit monde” et il doit s’adapter très vite.

Comment trouvez-vous les jeunes surveillants qui entrent dans le métier et que pensez-vous de leur façon de travailler ?
AC : Je les trouve perdus! Avant, quand un jeune entrait comme surveillant, il ne savait pas trop ce qui l’attendait sur le métier, donc, il s’imaginait la prison comme un univers hiérarchisé et très dur. Ce jeune-là s’adaptait très vite puisqu’il s’était nerveusement préparé. Maintenant, c’est carrément le contraire qui se produit. Le nouveau surveillant prend les choses avec moins de préparation et de sérieux. Et la publicité pour le recrutement qui passe un peu partout est complètement faussée. La prison, c’est beaucoup plus dur qu’on ne veut bien le montrer. Les jeunes s’imaginent qu’ils vont travailler comme dans un bureau avec l’ordinateur et tout….ceux-là se cassent la gueule très vite!

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Quel est l’aspect qui rend votre métier si difficile ?
AC : Le rapport avec les détenus. C’est très difficile d’avoir 60 détenus à l’étage qui, toute la journée, réclament des choses, vous sollicitent, insultent, vocifèrent ou violentent.

Qu’est-ce qui a fait que vous êtes resté ?
AC : Cela fait 20 ans que je suis devenu “maton”. J’ai fait ce métier, comme cela, par hasard. Maintenant, je suis gradé, je travaille toujours en prison mais mon métier est différent de celui du surveillant d’étage. J’ai des responsabilités et un pouvoir que n’a pas un surveillant. Mais, c’est vrai que si je n’étais pas monté en grade, je ne serais sûrement pas resté.


Vous avez travaillé à la prison de femmes à Montluc. Est-ce plus difficile de gérer la surveillance des femmes que celle des hommes?
AC : Non, c’est plutôt très différent. Quand un conflit émerge avec un détenu masculin, c’est tout de suite un rapport de force qui s’installe. Avec une femme, c’est plus pernicieux. Elle ne va pas affronter directement le surveillant mais ira se plaindre à quelqu’un de plus haut placé ou à son avocat. Une femme tentera de faire du charme, de séduire pour convaincre à sa cause. Elle vous parlera de sa situation, de ses enfants, de son mari, de sa condition en prison. Sauf que des fois, elle n’a même pas d’enfants!

Il y a 20% de femmes surveillantes pénitentiaires, comment travaillent-elles par rapport à leur collègues masculins?
AC : Elles travaillent différement et justement, elle travaillent beaucoup avec la carte psychologie. Et c’est très bien! Elle savent approcher les détenus et calmer les conflits. Il faudrait de plus en plus dans ce milieu carcéral. Elles apportent beaucoup!

Que répondez-vous quand on vous demande votre profession?
AC : Cela dépend. Des fois, je le dis et des fois, je le cache. En général, les gens sont surpris parce que personne ne sait ce qui se passe en prison. Même si aujourd’hui l’univers carcéral s’ouvre un peu plus et accueille des conseilliers municipaux, des maires, des journalistes, des groupes d’Anciens Combattants, des civils, cela reste un univers très méconnu.

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En 20 ans de métier, avez-vous le souvenir d’un détenu en particulier?
AC : Oui, Klaus Barbie. J’ai été son surveillant personnel pendant une longue période. Il était gardé dans une grande cellule isolée. Je devais toujours être avec lui, dans sa cellule même. C’est comme cela que je me suis retrouvé 6 heures par jour en tête à tête avec Klaus Barbie. On a beaucoup parlé. Il parlait très bien le français. A force de garder des gens, j’ai fini par m’habituer et à ne plus faire attention à leur délit. Qu’ils aient volé un oeuf ou un boeuf, pour moi, c’est pareil. Ce qui compte, c’est le comportement du détenu quand je le garde, qe qu’il a fait, je ne m’en préoccupe pas. D’ailleurs, le surveillant n’est pas toujours au courant des méfaits des prisonniers.

Que diriez-vous à un jeune tenté de faire surveillant pénitentiaire?
AC : C’est un métier difficile mais très intéressant et enrichissant. On peut s’y épanouir parce qu’il y a beaucoup de profils très différents qui circulent. Pas mal pour celui qui veut apprendre de l’homme.

Entretien donné par un gardien de prison qui a travaillé sur Lyon. Sur le point de prendre sa retraite, il a préféré conserver l’anonymat.

Sabrina Delors pour Curious Magazine, Novembre 2004

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