Profession : Disquaire !

Vous adorez la musique ? Ca tombe bien, eux aussi! Inépuisables fouineurs de disques devant l’éternel et résistants tant bien que mal face aux grosses pointures, les disquaires sont le fer de lance d’une époque où ils étaient les trendy gent qui aiguillaient le quidam en quête de nouveaux sons à faire titiller du sillon.
IRM d’une profession qui existe encore, petit tour des disquaires de la région lyonnaise.
A vos bacs, prêts, fouillez!

C’est vrai, les temps sont durs et la vocation n’est pas encore un moyen de paiement pour s’aquitter de ses impôts. Il est une profession qui subit plus que les autres la dure loi de la concurrence. Pas facile d’être disquaire et de résister aux rouleaux compresseurs que sont les grandes surfaces. Le net, avec le téléchargement a porté le coup de grâce à une industrie du disque déjà pas florissante au sortir des années 90, la crise mondiale ayant relégué les achats de plaisir au fond du coupable subconscient. Il en faut de la motivation au quotidien pour soulever le lourd rideau de fer des disquaires de 12h à 19h et “sonner, le disquaire revient dans 5 minutes” placardé sur les vitrines.

Mais les amoureux de la musique et les curieux aident à la résistance et maintiennent quelque peu les quelques disquaires qui fleurissent dans certaines villes. Se laisser séduire par une pochette vintage de 33 tours, farfouiller au hasard pour tomber sur la perle décibel  ou se laisser convaincre par le disquaire qui, après tout, doit bien s’y connaître…on est loin du mode de consommation effréné compulsif  généré par le téléchargement facile qui accessibilise tellement l’acte qui le rend insipide et sans plus grand intérêt en terme d’excitation musicale. L’industrie du disque, en pleine campagne de sensibilisation, exhibe un doigt d’honneur aux consommateurs qui piratent sans état d’âme. Effervescnce d’action, branle bas de combat, la corporation des chanteurs en berne s’arme contre les mains baladeuses qui titillent un peu trop la souris voleuse. SOS vente de musique en détresse, c’est la musique qui est en danger!

melomane-disquaire-nantes

Et pendant ce temps-là, quelque part entre l’épicier et la laverie automatique, un disquaire s’apprête à ouvrir son local en sifflotant l’air de Bobby McFerrin” Don’t worry, be happy!”. “Le p’tit disquaire du coin” comme on l’appelle, celui qui fasconne la rue populaire où s’engouffrent les fins mélomanes qui veulent fuir la cohue des grandes surfaces. Sauf, qu’il en connait un rayon, le p’tit disquaire et pas qu’en musique.

Il peut vous parler de l’évolution physique du quartier. Vous évoquer la fois où un camion-benne a bloqué la rue toute une matinée l’empêchant d’ouvrir le jour même où des ado de Seattle avait pris rendez-vous avec lui, dans son magasin. Il peut vous parler de ce concert inoubliable où il a croisé tel chanteur encore inconnu à l’époque et cette choriste qui vend des millions d’album dans le monde. Il lui a même payé un whisky coca, c’est dire s’il a approché les sunlights de très près. Et si vous ne le croyez pas, levez les yeux aux murs, il y a quelque part le vieux ticket de concert sous cellophane et un carré de bristol avec un autographe qu’on devine être celui de cette légende tellement intemporelle qu’on a du mal à croire qu’elle aie réellement existé. Mais, le disquaire a tout vu, tout entendu et du beau monde a passé la porte de son local, celle-là même que vous avez touché pour pénétrer dans ce temple.
Le disquaire peut vous proposer une sélection éclectique mais aussi hyper pointue. Parfois, il ne sait pas exactement les trésors qu’il possède mais il faut chercher dans les bacs : maxi inédits, collectors, imports américains, musiques atypiques, séries limitées, disques rares, albums introuvables ailleurs car il est le seul à se l’être procuré dans un catalogue n japonais. Le disquaire présente sa propre sélection d’objets non standards et souvent moins chers, qu’il va dénicher dans les marchés aux puces, les foires du disques à l’étranger…quand il ne produit pas lui-même des artistes. De petits volumes de vente pour un catalogue plus sélectif et de qualité.

Etiquetés, rangés, ordonnés, classés, on y trouve tous les styles de musique et de supports : K7, vinyl, laser, disque, dvd, vidéos…et parfois des produits complémentaires : livres, revues, fanzines spécialisés, matos et accessoires de musique et des objets de fans (affiches, tee-shirts, bijoux…).
Des piles de disques par terre à côté d’une caisse, un fauteuil, des posters, la boutique du disquaire, c’est un peu la chambre du pré ado qui découvre la musique. Ambiance, odeur, accueil, tout y est!

“On est ouvert à tout le monde même si on est ciblé pros, on souhaite faire découvrir les musiques qu’on aime et créer de plus en plus de passionnés.” déclare Pierre-Louis de la boutique lyonnaire, Eardrum.
Pascal du Maldoror, est un authentique disquaire soucieux de communiquer sa passion pour la musique et culture gothique. “Beaucoup viennent par curiosité, attirés par la décoration un peu morbide. Ils se renseignent sur ce mouvement qui prend de l’ampleur.”

disquaire_day

Dans la boutique, les mains sont à la fêtes. Plongées dans les bacs, elles s’adonnent à leur sport du weekend : fouiller, plonger, chercher, attraper, caresser, dépoussiérer, gratter, dénicher le disque tant attendu. Elles sont en proie à une frénésie de recherche et les doigts, vite habitués, courent de vinyls en vinyls en un étrange rituel. Elles sont en quête d’une musique “un peu moins commerciale”, un 33 tours oublié un temps et qui revient en force dans les forum de discussion en ligne. Ici, on aime le support autant que le son. Emblème old-school, support privilégié des mix, le vinyl permet aussi d’audacieuses pochettes, plus grandes que le CD.

 

Saviez-vous que les disquaires ont été les premiers commerçants à faire de l’occasion ? A la Bourse ou O’CD du quartier des Terreaux, on peut acheter des albums d’occasion mais aussi leur revendre nos vieux disques. C’est la fripe musicale!

En passionné, le disquaire n’est pas uniquement un vendeur. Au contraire, il empêche que la musique devienne une marchandise. “Je ne vends pas des références mais de la musique” insiste Christian de la Voix d’Or. Acteurs de la musique indépendante, les disquaires sont parfois DJ, compositeurs, illustrateurs sonores, organisateurs de soirées ou de festivals. Découvreurs de talent et distributeurs de la scène locale, ils cachent souvent des labels. Eardrum abrite pas mois de 4 labels : Jazz Up Records (house), Krnic (tribe), Algorythme (techno), et E-Bomb (hardcore). “Nous avons un rôle de dénicheur. White Strip, qui est aujourd’hui un phénomène mondial, cela fait 8 ans que j’en vends dans ma boutique.” dit Bruno de Dangerhouse en haussant les épaules, avant de saisir l’album des Von Blondies “qui vont exploser sous peu”.

A Lyon, c’est sur la presqu’île  que les premiers disquaires (aujourd’hui disparus) avaient choisi de s’installer. Désormais, le 1er arrondissement peut se vanter de la concentration exceptionnelle de disquaires en son sein, pour le bonheur des fouineurs qui peuvent ainsi faire le petit circuit de bacs en bacs. Car “faire les disquaires”, c’est tout un art. On y va le coeur joyeux, l’oeil pétillant et l’oreille impatiente.

Petit parcours des lieux lyonnais à découvrir.

Track 1
Dangerhouse
L’antre de Big B. Pour les inconditionnels de rock (garage, hardcore, punk, psychedelic, jzzz, funk…). Mais aussi des fanzines spécialisés, accessoires (boucles de ceinture, patchs…)
3, rue Thimonnier _ Lyon 1

Track 2 
Sofa Disque
Spécialiste de la Black music (hip hop, soul, funk, 70’s, jazz, reggae…) référence “old-school”.
1, rue d’Algérie _ Lyon 1

Track 3
Grand Guignol
Musique hors-norme, poésie sonore, musique “concrete”, free jazz, electro accoustique, rock décalé, punk. La boutique se veut un lien entre livres et musiques, textes et images.
19b, rue du Sergent Blandan _ Lyon 1

Track 4
Eardrum
Spécialiste des musiques électro à Lyon (drum n’ bass, breakbeat, jungle, trance, nu-jazz, hardbreak, djtools, scène locale et internationale.
3, place du Griffon _ Lyon 3

Track 5
Cabane Bambou
Musique afro-antillaise, cubaines et cap-verdiennes. 500 références dont les classiques du théâtre et cinéma américain.
61, grande-rue de la Guillotière _ Lyon 2

Track 6
Le Maldoror
Musique gothic, electro-dark, indus, EBM, doom, black metal, dark-folk… pour dénicher des artistes via les chevaux de troie des divers genres. Diamanda Galas, FrontLine Assembly, The Cure, Burzum, Dimmu Borgir, Hocico, NIN, Marilyn Manson…
27, rue du Sergeant Blandan _ Lyon 1

Track 7 
Lan Anh Boutique
Tous styles de musique des pays asiatiques (du ballet au visual key). Une large collection de dvd karaokés.
4, rue de Marseille _ Lyon 4

Track 8 
La Voix d’Or
Depuis 20 ans, spécialiste du blues et seul dépositaire des revues Soul Magazine et Soul Bag. Mais aussi du jazz, musique latino-américaine, italienne, zoul…
69, cours Gambetta – Lyon 3

Sabrina Delors pour Curious Magazine Eté 2004

 

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