Sorel, nouveau romantique

 

Si Rimbaud, Lautréamont, Mallarmé ou Aloysius Bertrand vivaient à notre époque, sûr qu’ils troqueraient leur plume et cahier au lourd grain de parchemin pour de sémillantes guitares électriques et hurler la rage et le désespoir à coup de décibels littéraires.

Ô mélodies fragiles et torturées!
Sorel, jeune auteur compositeur interprête de 26 ans, un romantique du rock. Avec “Ma Bombe”, Sorel est l’un des artistes les plus téléchargés du net, véritable disque d’or virtuel pour ce nouveau chantre du rock au visage d’ange. Mais vous savez ce que l’on dit des mecs  “au visage d’ange”, ils cachent, souvent, derrière la coquetterie d’une mèche, un coeur endolori et un vocable rebel. Amoureux du son, de la mélodie ciselée, Sorel souffre sans doute d’une trop grande sensibilité. N’aurait-il pas mieux été en son élément sous le siècle de Hugo ou de Beaudelaire ? En attendant la psychologie du bar pmu, Sorel délivre des mélodies vertigineuses sur une voix à peine posée. Ses notes nous précipitent dans un tourbillon des sens où émotion flirte avec guitares rock et cordes symphoniques.

Tu aurais pu te présenter à un casting genre “Star Academy” ?
Sorel : Ah, quand j’étais jeune et beau, oui ! Mais quand tu as réussi à grouper autour de toi une équipe et que tu es sûr de ton truc, ça ne sert à rien, il vaut même mieux éviter. J’ai une vision trop réaliste de ces émissions-là.

Que veux-tu dire ?
Sorel : Il y a divertissement et artistique et ces émissions restent du divertissement. Il ne faut pas mélanger les deux. Faire croire à des jeunes artistes beaucoup de choses, c’est un peu dommage. Mais, je comprends que des jeunes puissent y aller. Surtout qu’on vit une époque un peu triste.

Quel genre de public as-tu ?
Sorel : C’est assez divers. Je suis étonné car je m’attendais à des adolescentes. Et en réalité, pas du tout! Il y a beaucoup de garçons qui sont touchés par ce que je fais et c’est bien. Mais de toute façon, ce sont toujours les filles qui font découvrir des artistes, pareil pour la mode. Ca commence par les filles et ensuite leurs chéris!

Quels sont tes thèmes de prédilection?
Sorel : L’amour en général mais surtout le couple, les sentiments, les caractères. Je m’intéresse au blasé, à l’amoureux, à l’alcoolique, à l’inquiet. Les rapports que nous entretenons les uns des autres dans la vie de tous les jours. Le temps aussi. La fuite du temps est un thème qui revient souvent dans mes compositions.

Sorel veut-il être immortel ?
Sorel : Oui, peut-être…Marquer un peu son passage. C’est prétentieux mais cela me ferait plaisir oui!

Quelles sont tes influences ?
Sorel : Je suis en enfant du rock! The Doors, les premiers Noir Désir, Jeff Buckley, Grant Lee Buffalo, Kate Bush, Otis Redding…Mais je reste influencé par les grands compositeurs de films des années 70, Ennio Morricone, François de Roubaix, John Williams. J’aime les comédies musicales de Broadway, “Cats”, “Phantom of the Opera”. J’aime les musiques de polar, mi-western, mi-romantique. Sur scène, on retrouve bien ce côté épique et symphonique.

Tu es né à Paris, tu as beaucoup voyagé (un an au Maroc) et te voilà sur Lyon. Pourquoi es-tu venu t’y installer ?
Sorel : Je m’y sens bien. Même, si par moment, elle a tendance à m’étouffer. Lyon est comme une maîtresse, jolie, douce, accueillante mais, des fois, elle m’étouffe. J’ai besoin d’aller voir d’autres paysanges pour mieux l’apprécier en revenant. Mais, attention, aller voir ailleurs ne veut pas dire la trahir!

Peut-on te définir comme un romantique avec tout ce côté exalté, forcené, sombre et mélancolique ? La bile du romantique noir, en somme ?
Sorel : Exactement! Le romantisme, ce n’est pas être faible, fleur bleue ou gnan gnan et passéiste. Le romantique est un révolté! Je ne suis pas que romantique mais cela ne me dérange pas du tout d’être défini comme tel.

De qui te sens-tu le plus proche dans le paysage musical français ?
Sorel : Calogero, Balavoine, Polnareff. Je comprends le succès de Kyo car leurs mélodies sont très efficaces et je suis très sensible à la mélodie. J’aimerais faire un duo avec Julie Zenatti. Ca me permettrait de la voir dans d’autres sentiers que le sien, la bousculer, l’énerver un peu, quoi! Côté actrice, Julie Delpy. Les acteurs ont ce sens de la scène et de l’interprétation, même si la voix n’est pas là, ce n’est pas grave! Le principal, c’est l’émotion.

Deux icônes ?
Sorel : Jim Morrison et Richard Boringher. Mais je pense aussi à Jean Gabin, Jean-Paul Belmondo.

Les trois derniers albums que tu as achetés ?
Sorel : Outkast, Calogero et Air. J’aime beaucoup Air parce que nous avons les mêmes influences, les musiques de films des années 70, les claviers, les vieux sons analogiques.

Si tu devais te poser une question ?
Sorel : Te trouves-tu sympathique ?” N’en fais-tu pas un peu trop ? Ou…n’es-tu pas un peu trop minet ?

Que peut-on te souhaiter ?
Sorel : De trouver l’autre partie de moi-même que je n’ai pas encore trouvé.

Une dernière phrase en guide de dénition du Sorel des temps modernes ?
Sorel : “J’aurais aimé être insensible plutôt que d’être ce que je suis.”

on_aime_sorel

Sabrina Delors pour Curious Magazine, Lyon Mai 2004

 

 

 

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