Naissance X945, l’amour à mort.

Parcours atypique que celui de Blaise Adilon. Photographe célèbre, ses portraits d’artistes sont exposés au Musée d’Art Contemporain de Lyon, puis graphiste, c’est tout (pas vraiment) naturellement qu’il se tourne vers le cinéma cherchant un moyen d’expression plus direct avec son public. Premier court-métrage, un sujet qui frappe fort; Naissance X945. Un titre futuriste et mystérieux qui revient, en réalité, sur une des périodes les plus sombres de notre histoire, puisqu’il film les amours d’une jeune française et d’un soldat allemand pendant la Seconde Guerre Mondiale. Polyvalent, touche à tout, Blaise Adilon est un passionné de l’image et pour retranscrire au mieux ce qu’il a pensé dans sa tête, il saute d’une casquette à l’autre en prenant, toutefois, le temps de nous accorder une inteview sur “la naissance d’un film?” et ce qui lui est passé par la tête pour évoquer un sujet pareil!

 

Résultat d’une incrustation sur le tournage d’une des scènes les plus délicates du film.

Lyon. Rue de Condè dans le 2eme. Petit d’appartement dont on ne saurait pas trop comment décrire pour une annonce immo. Pour l’heure, des câbles, des câbles partout, des fils électriques qui pendouillent içi et là, des caméras qui jonchent le sol, des sacs à dos abandonnés près des radiateurs, lieu de rendez-vous des dos épuisés, laissant transparaître des gens qui s’y connaissent en film, se heurtant à la surprise et à l’étonnement du quidam pour qui viendrait livrer une pizza à ce moment. Des cannettes de Coca-Cola fracassées par le stress et qui trainent oubliées sur des meubles d’époque, des jambes qui passent à vive allure, trébuchent parfois, des visages crispés, tendus mais heureux d’être là. Enfin, c’est ce qu’on me dit aux retouches maquillage. Le chefop’ s’entretient avec la conseillère historique, les techniciens fument tranquillement évoquant le dernier Star wars pendant que l’accessoriste se balade avec des sachets de faux sang et prépare une drôle de mixture.
Anxieuse, Bénédicte Delolme passe ses doigts dans ses nouveaux cheveux coupés à ras. Nouvelle coupe pour les besoins du film, puisque c’est elle qui va incarner Edith, jeune française qui sera tondue sur la place publique pour avoir aimé un allemand.

“J’ai hâte de commencer. Je suis un peu tendue mais je vais tout donner. “

Bénédicte Delolme passe au maquillage pendant que sa doublure, une jeune femme enceinte, se prépare aux prises de vue. Elle va préter son ventre. Le metteur en scène passe tout près et quelqu’un l’attrape par la manche de son long manteau noir. Blaise Adilon donne les dernières indications de tournage mais son équipe sait exactement ce qu’il veut pour cette scène où l’héroine va mettre au monde l’enfant, fruit des amours d’occupation interdite. Naissance X945 veut cerner les douleurs de la guerre. Un film qui tombe bien puisque 2005 célèbre le 60eme anniversaire du débarquement.

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En quoi ce premier court-métrage est-il différent des autres ?
Blaise Adilon : Le thème de la femme tondue à la Libération a été très peu exploité au cinéma. Il y a bien eu le très beau “Hiroshima, mon amour” d’Alain Resnais mais guère plus. La France est un peu gênée avec ce sujet, un peu comme avec la guerre d’Algérie. Aux Etats-Unis, à ce jour, il y a eu 370 films sur la guerre du Vietnam et, en France, seulement 4 films traitent de la guerre d’Algérie. En France, on n’aime pas regarder notre passé, surtout si celui-ci n’est pas brilliant.

L’amour impossible de Karl et Edith fait écho à pas mal de faits divers actuels…
Blaise Adilon : Oui et c’est ce qui m’intéresse. Je pense évidemment à Israël et à la Palestine, à l’Irak, à la Tchéchénie, à pleins d’endroits de la planète où l’histoire d’Edith et de Karl existe dans une totale banalité.

Pourquoi vous êtes-vous intéressé à cette époque de l’histoire mondiale et n’avoir pas justement fait une histoire d’amour à notre époque puisque que le contexte s’y prête bien ?
Blaise Adilon : Parce que si j’avais évoqué l’histoire d’amour entre une jeune israelienne et un jeune palestinien, ca n’aurait pas été pareil. C’est tellement un sujet sensible, on est tellement collé à l’information qu’on ne voit plus rien. Alors que là, on peut prendre aisément du recul et utiliser ce recul pour regarder autrement des situations similaires aujourd’hui.

Le rôle de Karl est un simple soldat de base et non un SS. Est-ce pour ne pas trop choquer les sensibilités justement que vous lui avez donné cette affectation ?
Blaise Adilon : En fait, je voulais en faire des personnages banals, une histoire banale pour que beaucoup de monde puissent s’y référer. A travers ces conflits extraordinairement complexes, il y a souvent des gens extraordinairement banals qui souffrent et dont on ne parle pas. C’est bien sûr pour que les spectateurs s’identifient aux personnages qu’Edith n’est pas une résistante et que Karl n’est pas un soldat SS. Je voulais les rendre accessibles et humains.

Pour ce film, avez-vous rencontré des femmes qui ont subi le même sort qu’Edith ?
Blaise Adilon : Non, en revanche, j’ai beaucoup lu des témoignages, j’ai épuisé tout ce qui s’est fait sur ce thème. Il y a très peu de femmes qui acceptent de parler. En France, on estime à 200 000 enfants nés d’unions entre une française et un soldat allemand.

La prise du recul permet souvent aussi de mieux comprendre les actes mais, comment auriez-vous réagi si vous aviez vécu à cette époque ? Quel regard auriez-vous porté sur Edith ?
Blaise Adilon : Il y a 15 jours, j’ai photographié Germaine Tillion, cette grande dame de la résistance qui, lors des promulgations des lois antisémites, avait donné sa carte d’identité à une femme juive. Devant cette femme qui a une aura incroyable, j’ai pensé “Mon Dieu, qu’aurais-tu fais toi à cette époque ? Aurais-tu été capable de faire pareil ?” Je n’ai absolument pas la réponse car on ne sait pas qui on est face à la peur.

Dans son rapport le plus expressif, Edith ne perd jamais de vue que Karl est l’occupant, l’ennemi…
Blaise Adilon : Parce qu’on est dans ce rapport-là, de dominé, dominant. Sauf dans une scène où ils apparaissent à titre égal, comme un couple normal, amoureux. Mais Edith est paradoxale, fragile, traumaisée, elle essaie de vivre alors qu’autour d’elle, c’est la mort! C’est une jeune femme trop humaine, simple et touchante. Loin d’être une héroïne!

Quelle sera, à votre avis, l’accueil du public pour Naissance X945 ?
Blaise Adilon : J’ai cherché à donner un grand coup de poing, je pense que les gens vont partir complètement assommés!

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Naissance X945 – le film

Edith est française, karl est allemand à une époque où le monde sombre dans les âffres d’une guerre atroce qui embrase les axes les uns après les autres. Une guerre mondiale et au milieu, un couple qui tente de s’aimer. En dépit de leurs différences nombreuses et délicates, le couple découvre ensemble les premiers émois du coeur.
Durée : 45 minutes
Sortie prévue : Septembre 2004

Voir le film sur blaiseadilon.com

Sabrina Delors pour Curious Magazine, Mai 2004

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